Ce que couvre réellement l’EUDR
La gomme arabique ne figure pas sur la liste des matières premières couvertes par le règlement européen sur la déforestation. Pourtant, en 2026, un acheteur incapable de montrer où sa gomme arabique a été récoltée reste confronté à un problème, car les exigences qui l’entourent ont évolué indépendamment de cette liste.
Le règlement européen sur la déforestation (EUDR) couvre sept matières premières : bovins, cacao, café, huile de palme, caoutchouc, soja et bois, ainsi qu’une liste définie de produits dérivés (Commission européenne, 2026 ; WRI, 2026). La gomme arabique n’en fait pas partie. Le règlement impose aux opérateurs qui mettent ces produits sur le marché européen de fournir la géolocalisation précise des parcelles de production et de démontrer l’absence de déforestation après la date de référence du 31 décembre 2020. Il s’applique à partir du 30 décembre 2026 pour les grands et moyens opérateurs, et à partir du 30 juin 2027 pour les micro et petits opérateurs. Le 13 juillet 2026, la Commission européenne a adopté un acte délégué portant sur le périmètre des produits et des mesures de simplification, ainsi qu’un acte d’exécution relatif au système d’information sur la diligence raisonnée (Commission européenne, 2026).
Pourquoi l’origine documentée compte malgré tout
Être en dehors de la liste de l’EUDR ne met pas la gomme arabique à l’abri de tout contrôle. Deux pressions distinctes convergent aujourd’hui vers la même exigence : une origine documentée et géolocalisée.
La première tient à l’orientation générale du texte. L’EUDR fixe une attente de diligence raisonnable géolocalisée et sans déforestation pour l’ensemble des matières premières agricoles, et les équipes conformité et achats européennes appliquent de plus en plus cette même discipline à des produits situés en dehors de la liste officielle du règlement, par politique interne plutôt que par obligation légale.
La seconde est plus immédiate. En juillet 2026, les Nations unies ont rapporté que l’or et la gomme arabique pillés au Soudan contribuent à financer le conflit en cours dans le pays (UN News, 2026). Pour les acheteurs, ce constat transforme la documentation de l’origine, simple bonne pratique de conformité, en une question élémentaire d’approvisionnement sans lien avec le conflit. Une maison de négoce capable de montrer précisément de quelle zone provient un lot, et que cette zone n’est pas impliquée dans l’économie du conflit, répond à une question qui compte de plus en plus, quelle que soit la liste des matières premières de l’EUDR.
Gemmée, jamais abattue
La biologie du produit joue en faveur de la gomme arabique. La collecte se fait par gemmage, non par abattage : une incision superficielle du tronc et des branches déclenche l’exsudation naturelle de l’acacia ; les nodules sèchent à l’air libre et sont récoltés à la main quelques semaines plus tard. L’arbre reste indemne et continue de produire pendant des décennies. Parce que la gomme elle-même donne à l’arbre debout sa valeur économique, c’est l’une des rares filières où l’incitation pousse à garder les arbres en vie plutôt qu’à les couper — un lien direct avec la lutte contre la désertification dans la bande sahélienne, dans le corridor même de la Grande Muraille Verte africaine, et une histoire sans déforestation qui peut être documentée, et non simplement affirmée.
La pratique de MAMO : des conteneurs documentés
MAMO International applique la même discipline documentaire à chaque conteneur, que la gomme arabique se trouve ou non dans le périmètre de l’EUDR. Chaque zone de collecte est géolocalisée avant la récolte ; chaque lot est accompagné de photographies, de la collecte au tri ; et chaque expédition quitte N’Djamena avec un dossier documentaire complet, et non un simple certificat d’origine. Il ne s’agit pas d’une certification EUDR, laquelle ne s’applique pas à la gomme arabique, mais d’une pratique de travail conçue pour répondre à ce que demandent désormais les équipes conformité des acheteurs et les contrôles d’approvisionnement sans lien avec les conflits. Le dossier voyage avec les documents d’expédition plutôt qu’en pièce jointe séparée, afin que l’équipe conformité de l’acheteur puisse l’intégrer directement à ses propres registres de diligence raisonnable ou de vérification d’approvisionnement, sans avoir à réclamer des pièces une fois le conteneur parti.
À titre de bonne pratique — et non d’obligation légale au titre de l’EUDR pour la gomme arabique —, le dossier d’un acheteur pour un conteneur de gomme arabique tchadienne devrait contenir :
- 1La géolocalisation de la ou des zones de collecte, enregistrée avant la récolte
- 2Un relevé photographique daté de la collecte et du tri, rattaché au lot
- 3Le certificat d’analyse indépendant du lot précis expédié
- 4Le certificat d’origine délivré au point d’exportation
- 5Une attestation signée d’approvisionnement sans déforestation, émise par la maison de négoce fournisseuse
Rien de tout cela ne fait entrer la gomme arabique dans le champ de l’EUDR. Cela signifie que les acheteurs qui demandent ce dossier dès aujourd’hui sont déjà en position face à ce que deviendra le périmètre du règlement, et répondent déjà à la question de l’origine sans lien avec le conflit, qui compte dès maintenant.
Sources
- 1Commission européenne — « Regulation on deforestation-free products »
- 2Commission européenne — « Commission updates product scope and tools to support EUDR » (13 juillet 2026)
- 3World Resources Institute — « What is the EU Deforestation Regulation (EUDR)? »
- 4UN News — « Looted gold and gum arabic are bankrolling Sudan’s war, UN warns » (juillet 2026)
Cette note est une information générale, pas un conseil juridique.